Rien de tel que la rêverie pour, de la réalité, avoir le coeur net.

Michel Guérin

Coté face, une suite de plages bétonnées pour Nordiques en mal de soleil:  lorsqu'on descend la côte Est de Gran Canaria jusqu'à Puerto Mogan, où Castafiore a pris ses quartiers de printemps, on peut se demander pourquoi on s'arrête ici.

Mais coté pile, d'incroyables successions de virages sur des routes étroites et sinueuses mènent au coeur de cette île à double visage. Pas de quoi faire peur à des jurassiens!

 Là,  se trouve la caldeira effondrée d'un volcan très ancien entouré de pics et de rocs aux formes étranges, ciselées par les alizés. De ces sommets qui culminent à plus de 1700 m, partent des ravines, les "barrancos", creusés par le lit des torrents. Si le bord de mer est aride,  dans les zones d'altitude plus arrosées poussent de belles forêts de grands pins canariens. Des  orangers et amandiers se partagent les terrasses. 

A force de naviguer depuis Lanzarote dans un monde minéral, on avait oublié le bonheur de voir des coquelicots en fleurs.

Caldeira au centre de Gran Canaria
Caldeira au centre de Gran Canaria
Caldeira au centre de Gran Canaria
Caldeira au centre de Gran Canaria
Caldeira au centre de Gran Canaria
Caldeira au centre de Gran Canaria

Caldeira au centre de Gran Canaria

Avant la conquête espagnole initiée en 1402 par Jean de Bethencourt, vivait  ici une population aux origines mystérieuses. Nul ne sait exactement d'où sont arrivés les Guanches aux yeux bleus clairs transparents, peut-être une tribu berbère ?

Un garçon original m'a même affirmé que le premier homme apparu sur la terre était l'un d'eux, né à Gran Canaria ! Ils ont laissé de nombreux et passionnants vestiges de leur mode de vie. Les Espagnols ont mis près d'un siècle à les coloniser. Il y a un musée très riche à Las Palmas, le Museo Canario, qui retrace leur univers.

A Tejeda, un beau village de la caldeira j'ai eu la surprise de croiser chez des personnes âgées quelques regards clairs transparents vraiment uniques. Des revenants ? Ou de  lointains descendants de ces Guanches aborigènes? 

Une ambiance très particulière, un peu magique, baigne les hameaux tranquilles de ces montagnes, paradis pour les randonneurs. 

Village d'aujourd'hui et d'hier
Village d'aujourd'hui et d'hier
Village d'aujourd'hui et d'hier
Village d'aujourd'hui et d'hier
Village d'aujourd'hui et d'hier
Village d'aujourd'hui et d'hier
Village d'aujourd'hui et d'hier

Village d'aujourd'hui et d'hier

La capitale, Las Palmas de Gran Canaria, est une grande ville de près de 400 000 habitants. D'architecture espagnole, les vieux quartiers sont charmants. Il fait bon musarder dans les ruelles pavées, bordées de blanches demeures austères à balcons de bois ouvragé, qui racontent l'histoire de la conquête du Nouveau Monde.

La "Casa de Colòn" retrace toutes les expéditions de Christophe Colomb qui y faisait étape à chacun de ses voyages. Histoire de rêver à notre future Transat de la fin d'année !

Las Palmas
Las Palmas
Las Palmas

Las Palmas

En attendant, nous nous plaisons à Puerto Mogan, toute fleurie de bougainvilliers, une des rares marinas à dimension humaine où nous pouvons laisser le bateau en toute tranquillité, pour rentrer en France, sous la surveillance attentive de notre ami Michel.

Prendre notre  temps pour découvrir ces îles au fil des mois est un petit luxe qu'on savoure de plus en plus.

Je vous recommande l'opuscule de Patrick Manoukian "Le temps du voyage"* qui a mis en exergue de son ouvrage le texte suivant:

 " Il n'est pas utile de savoir où l'on va. Ni de chercher un lieu où aller. Le monde se propose à notre appétit, quand il le veut. Il s'ouvre. Il dégage des perspectives, élargit le brin d'herbe jusqu'à la forêt et le coin de fenêtre au ciel tout entier. On ne voyage que dans l'abandon. Sans horaires. Et de préférence sans retour." 

Tandis que vous lirez ce billet, nous naviguerons, loin de Castafiore, sur l'Express Côtier qui relie les petits ports de Norvège de la frontière russe à Bergen. Une autre aventure à vous raconter prochainement !

*"LE TEMPS DU VOYAGE". Petite causerie sur le nonchalance et les vertus de l'étape. Transboréal Editions - 2011

Puerto Mogan et Castafiore sous la tour de la capitainerie

Puerto Mogan et Castafiore sous la tour de la capitainerie

CAPITO CAPITAINE

Castafiore a 10 ans. En mai 2009, lentement portée par une grue, sa coque d’aluminium ronde touchait l’eau salée pour la première fois devant les énormes murs de béton de l’ancienne base de sous-marins, à Lorient.

Et il y a presque 10 ans, nous arrivions à Puerto Mogan, après de fortes tribulations de « neuvage », notamment à Lisbonne. Le séjour ici de plus d’un mois fut l’occasion de résoudre encore de nombreux problèmes (déssalinisateur, fuites électriques). L’intervention experte de Michel Fraisse fut décisive à l'époque. Il avait fallu sortir le bateau de l’eau. Michel est devenu un ami. Nous n’avons jamais cessé de correspondre toutes ces années. Nous l’avons donc retrouvé en arrivant de Lanzarote comme si on venait de le quitter la veille. Il nous attendait sur le quai ! 

Bien sûr j’en ai profité pour lui demander une nouvelle expertise électrique. Cette fois, tout est en ordre ! L’âge de la belle Casta va quand même nous obliger à nettoyer les dépôts charbonneux des gros moteurs 24 volts (winches, propulseur, guindeau) toujours suspects de propager des fuites de courant. Mais Michel nous a fait une attestation de contrôle technique en bonne et due forme. Un grand Monsieur, ce sous-marinier d’avant les nucléaires.

 

En quoi naviguer 10 ans après est-il différent aujourd’hui ? Je ne vois qu’une chose vraiment importante : la qualité des prévisions météo. 

 

Il y a 10 ans, on partait avec une météo fiable sur 24 heures, correcte sur 48 mais au doigt mouillé pour les jours qui suivaient. Désormais, les prévisions sont fiables sur 72 heures et correctes sur les 3 jours suivant. Ça change tout. Car en dehors des rares traversées océaniques (où on subit le temps qu’il fait étant tout de même prévenu par les fichiers météo récupérés par téléphone satellite), les traversées de plus de 6 jours ne sont pas légions. Il faut par exemple 5 jours pour aller de Lisbonne aux Açores, 3 des Açores à Madère, 2 de Madère aux Canaries, 5 des Canaries au Cap Vert. Bref, il devient désormais difficile de prendre du vrai mauvais temps en mer.

 

Ce « + » en matière de sécurité est énorme. A la condition bien sûr d’avoir le temps d’attendre le vent qui va bien.

 

 

Puerto Mogan

Puerto Mogan

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