Santa Maria, l'île où la terre ne bouge pas
mais que la mer fit trembler
avant d'être sauvée par le ciel

Jean-Yves Loude

Cette citation n'est pas une charade mais résume bien l'histoire de cette île minuscule d'environ 10 kms de long sur 9 kms de large, tout au sud des Açores. Première à être conquise par les Portugais, elle est aussi la plus ancienne de l'archipel.

"La terre ne bouge pas" car ses volcans usés ne se manifestent plus, contrairement à ceux de Saõ Miguel.

 « La mer la fit trembler »  à cause des assauts répétés des pirates à travers les siècles qui ravagèrent et pillèrent l'île. Le bourg principal, Vila do Porto, sous lequel se trouve notre marina, est érigé sur une falaise entre deux ravines et protégé par un fort encore équipé de canons. Christophe Colomb, de retour d'une expédition, voulut faire escale suite à une tempête et fut très mal accueilli, la population le prenant pour un pirate de plus. 

" Elle fut sauvée par le ciel" est une aventure étonnante. Au milieu du XXème siècle, cette pastille d' île perdue au milieu de l'Atlantique, fut choisie comme plaque tournante du trafic aérien entre Europe, Afrique et Amérique, à une époque où les longs courriers n'existaient pas encore. Un premier "hub"en quelque sorte où transitèrent en 1977 jusqu'à 300 000 passagers. Cette activité disparut dès que les avions purent traverser l'océan sans escale. Catastrophe économique pour Santa Maria avec la perte de plus de mille emplois.Beaucoup de gens émigrèrent vers les Etas unis ou le Brésil. Reste un aéroport sur dimensionné et à proximité, un village abandonné comme un décor de cinéma.

 

 

Santa Maria, une pastille perdue dans l'Atlantique
Santa Maria, une pastille perdue dans l'Atlantique
Santa Maria, une pastille perdue dans l'Atlantique
Santa Maria, une pastille perdue dans l'Atlantique

Aujourd'hui l'île est paisible, oubliée des touristes et vit en autarcie. Il n'y a pas de voitures de location, quelques rares taxis. Des particuliers louent de vieilles guimbardes aux plaisanciers de passage à la marina. 

Nous avons ainsi pu découvrir le paysage bucolique où nous étions amarrés par la panne de Castafiore: une douce campagne vallonnée, suturée de murets de pierres de lave, piquetée de fermes basses et carrées. De grosses cheminées coniques  se détachent sur le fond ocre des champs de céréales. Autrefois la culture du pastel était une des richesses de l'île. J'aurais bien aimé le voir et ramener des pigments de pastel à toutes mes copines aquarellistes, dommage!

Les façades des maisons sont chaulées et encadrées d'une bande de couleur qui diffère d'un village à l'autre. Rues et trottoirs sont pavées de lave noir avec des dessins blancs géométriques. Bien des volets fermés témoignent de l'absence des familles émigrées qui ne reviennent que pour les fêtes ou pour prendre leur retraite.

Santa Maria, une pastille perdue dans l'Atlantique
Santa Maria, une pastille perdue dans l'Atlantique
Santa Maria, une pastille perdue dans l'Atlantique

Sur la côte abrupte, de minuscules vignes grimpent encore sur des pentes très raides dans un quadrillage de terrasses étroites. Comment faisaient ils pour vendanger? Cela parait impossible. Dans des îles comme celle-ci, quelles vies pouvaient avoir les familles de pêcheurs à la morue ou à la baleine et de vignerons sur les falaises?

Et aujourd'hui? Dans les supérettes, je côtoie ces petites dames ridées en noir qui me passent devant systématiquement à la caisse avec un air malicieux, impossible de communiquer.

 Mystère et charme de l'insularité extrême.

Carnet de Santa Maria
Carnet de Santa Maria
Carnet de Santa Maria

Carnet de Santa Maria

Capito Capitaine

 

Pour aller des Açores à Madère, il faut faire route au sud-est. Comme tout marin non breton déteste le près (allure quasiment face au vent) parce le bateau gite alors un maximum, se fait ensevelir sous les vagues dès que la brise devient consistante et tape comme un sourd de l’avant sur l’eau (on dit d’ailleurs qu’il « enfonce des pieux »), il faut guetter le bon vent si on veut dormir un peu pendant la nuit.

Sauf les Bretons bien sûr qui bandent à faire la nique au vent debout, en pissant dru.

 

Qui dit Açores dit anticyclone. Késako ? C’est un genre de toupie qui tourne dans le sens des aiguilles d’une montre (en tout cas en hémisphère nord, selon la loi de 1825 d’un nommé Gaspard-Gustave de Coriolis).

Or donc, selon la position du centre de la toupie qui se déplace sur l’Atlantique selon des lois qui m’échappent cette fois, on peut avoir du vent qui pousse ou du vent qui repousse sur la droite Açores- Madère,. Du portant ou du près.

 

Un marin non maso guette donc le portant avant de partir pour ces 4 ou 5 jours de traversée. Les Anglais, inventeurs du yachting, ont même cette délicieuse expression: « A gentleman never goes windward » (traduction: un mec normal n’est pas Breton). Dany est tout à fait de cet avis.

On vous dira ce qu’il en est depuis un verre de bon Madère une fois en terrasse à Funchal,  lundi 1er Octobre si tout se passe bien.

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