De son berceau de brume à peine avait paru l'Aurore aux doigts de rose.

Homère . L'Odyssée II,1

Pas de cours d’histoire  cette fois ! L’archipel des îles Ioniennes que nous descendons de Corfou à Zante, a été dévasté en 1953 par un séisme majeur.

Les jolies villes vénitiennes des siècles passés n’existent plus. Tout a été reconstruit à neuf style années 60. Les petits ports manquant de charme, nous privilégions les mouillages, ne serait ce que pour se rafraichir de la canicule en se baignant.

Là commencent les problèmes que tout plaisancier connaît.  Comment choisir un mouillage? Ou plutôt comment concilier les exigences nautiques du capitaine et les attentes de chacun des passagers.

Je pense que je pourrais écrire « Le mouillage pour les Nuls » !

Mon capitaine préféré n'imagine pas de passer la nuit autrement qu'en toute sécurité, on le comprend. Il faut donc tenir compte de la météo locale et des vents dominants, de la profondeur, de la nature des fonds, de l’espace indispensable pour que Castafiore puisse éviter (tourner) dans tous les sens et j’en passe.

Ma petite personne recherche une eau transparente, turquoise si possible, peu de bateaux pour ne pas courir le risque d’accident de circulation en allant nager, un endroit calme sans discothèque tonitruante, et cerise sur le gâteau un joli paysage à aquareller.  En complément, Karine, ma fille de passage à bord pendant quelques jours, souhaite pouvoir aller trottiner à terre .

Ca devient une prise de tête… Nous allons chaque jour de criques en criques avant de dégoter la perle rare.

Mouillages sur Paxos
Mouillages sur Paxos

Mouillages sur Paxos

Tout se passe bien jusqu’à Ithaque.

Tel Ulysse, nous rêvons de retourner dans cette île mythique depuis notre dernier passage il y a 15 ans.

Suivant la côte de près pour repérer le mouillage idéal, nous nous amarrons le cul à une falaise près du  petit port de Kioni au fond d’une longue échancrure. Miracle, il n'y a personne, l’environnement est magnifique, les critères de chacun sont remplis. Ca va être le bonheur.

Oui mais, en chaussant nos palmes que voit-on dans le cristal de l’eau turquoise ? Une demoiselle en tutu rose.

Non, le soleil ne m’a pas tapé sur la tête ! C’est une méduse délicate qui nage comme si elle dansait au ralenti, agitant ses tentacules rose vif comme une corolle de soie à l'opéra. Après consultation du guide nautique, c’est une des espèces les plus venimeuses, la pelagia noctiluca.  Rien que ça ! Stressées, nous allons quand même nager, presque en burkini avec nos combinaisons et masques de plongée ! Jean-Luc forcément rigole.

Entre temps, une armada arrive et s'installe. Une flottille de voiliers charters en bande de copains se collent à Castafiore, mélangeant ancres et amarres dans un joyeux mais bruyant chahut. Nous ne sommes plus des bateaux amarrés, mais des sardines en boite entre l'huile et les aromates ! Vous connaissez la chanson de P. Sébastien (https://m.youtube.com/watch?v=gd4gZIQ5-Uc) ?

On se console en allant faire une superbe balade parmi oliviers et cyprès à la recherche d’antiques moulins à huile.

Le lendemain, et le surlendemain, re-belote, nous trouvons de beaux endroits, toujours piquetés de méduses…et il fait de plus en plus chaud.

D’ailleurs, même Jean-Luc  qui nous traitait de femmelettes, se fait sérieusement piquer.

Quel maléfice Pénélope a-t-elle donc jeté sur son île magique ?

 

Sous le signe des demoiselles en tutu rose

Nous changeons d’île, pour Zante. Plus de méduses. Le rêve !

De là, nous quittons la mer Ionienne, cap plein ouest vers le nord de la Sicile par le détroit de Messine.

Je vous écris pendant mon quart de nuit, tout en gardant un œil attentif sur les écrans de veille.  Les mega porte-containers ne manquent pas dans cette zone  et j’ai toujours au creux de l’estomac, l’angoisse de croiser une barque de migrants sans feu de signalement.

L’air est poisseux sous la pleine lune.

Une traversée de deux jours sur une mer d’huile.

Coucher du soleil  et aube sur la mer Ionienne
Coucher du soleil  et aube sur la mer Ionienne

Coucher du soleil et aube sur la mer Ionienne

CAPITO CAPITAINE?

 

Le point 4G

Nous avons rencontré dans la marina de Corfou, un jeune couple allemand très sympa Matthias et Marin. Et très originaux.

Ils dirigent VAST Forward, une entreprise de Hambourg et d’une dizaine de personnes salariées sur place, avec autant de techniciens en free lance (http://vast-forward.com). Leur activité est de concevoir et d’installer des bannières publicitaires sur les sites internet.

Par exemple vous lisez tranquillement un journal gratuit quand apparaît en chapeau une info sur la dernière VW ou une proposition de vacances aux Baléares.

Leurs clients sont les agences de pub. Elles leur sous-traitent tout, de la création à la mise en ligne.

Ce qui est épatant est qu’ils gèrent leur entreprise entièrement du bateau depuis 3 ans !

Ils s’organisent pour travailler une bonne dizaine d’heures par jour du lundi au jeudi dans un endroit avec de l’internet ou surtout de la 4G, et barka.

Pas belle la vie ? D'autant que la 5G s'annonce.

Leur bateau est un Boréal, un genre de petite Castafiore en plus rustique, fabriqué en France. lls manquent un peu de place à bord mais surtout, si le vent se met de la partie au mouillage quand ils travaillent, le bateau roule d’un bord sur l’autre. Pour taper sur un clavier c’est agaçant.

Il y a quelques mois, Marin essayait de bloquer comme elle pouvait son Mac qui dansait sous ses yeux par l'effet d'une houle malvenue. Elle voyait les autres mâts des bateaux battre comme le sien la chamade. Quand soudain elle remarque un espar qui lui n’oscille pas tel un pendule à l’envers. Sa décision est prise.

Elle en parle à Matthias et le convainc de vendre leur bateau (appelé VAST évidemment) pour commander un catamaran. Toujours fabriqué en France.

Un Outremer 51 (http://www. catamaran-outremer.com/modeles/outremer-51?language=fr). Il sera à l’eau l’an prochain.

Là, ils n’ont pas mégoté.

51 pieds pour un catamaran c’est carrément grand. Plus de 15 m de long par 8 m de large. Sûr que leur bureau leur donnera autant d’espace que de stabilité.

Comme nous, ils aimeraient traverser vers Cuba et la Floride.

Qui sait si on ne les rencontrera pas autour d’un mojito dans un bar de La Havane ?

On reste en contact bien sûr.  

Et par la 4G, au point où on en est.

 

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