Cette nuit, je suis du papier buvard, l’obscurité m’imprègne de son encre

ERRI DI LUCA

Pocitelj, un beau village moyenâgeux en Bosnie et Herzégovine.  Assis dans l’herbe d’un jardin en terrasse, nous écoutons avec quelques amis le maestro Safet Zec jouer de la guitare sous les étoiles, en savourant une grappa faite maison. L’instant est  magique, on voudrait que la nuit ne finisse jamais.

Un jour de Biennale à Venise, nous sommes entrés dans l’église de la Pietà sur la riva dei Schiavoni qui exposait d'immenses toiles de Safet Zec. Saisis par la force, la puissance de son œuvre, nous voilà partis à la recherche de son incroyable atelier installé dans un ancien entrepôt rempli de ses peintures : www.safetzec.com

Exposition à l'église de la Pietà et atelier de Safet Zec
Exposition à l'église de la Pietà et atelier de Safet Zec
Exposition à l'église de la Pietà et atelier de Safet Zec
Exposition à l'église de la Pietà et atelier de Safet Zec

Exposition à l'église de la Pietà et atelier de Safet Zec

Le courant de sympathie a été immédiat.  C’est un personnage émouvant, réfugié de Bosnie à Venise avec sa famille, après avoir tout perdu, ses biens et  son œuvre passée, détruite pendant la guerre.

Nous lui avons acheté une petite toile qui trône désormais dans le bateau et il nous a invités à passer le voir dans sa maison de Bosnie.

 

Notre tableau

Notre tableau

Une réception en  famille, avec simplicité et  une convivialité rare, comme si nous étions des amis de longue date. Ivanka, sa femme,  avait préparé un délicieux dîner de spécialités bosniaques, pitas aux épinards, petits légumes farcis, clafoutis et une énorme pastèque.

Se déployant en amphithéâtre sur une colline abrupte au-dessus de la Neretva, Pocitelj enroule ses maisons de pierre aux toits de lauze autour du minaret de sa mosquée.

 

Pocitelj
Pocitelj

Pocitelj

Le jour suivant, avec Hana leur fille pour guide, nous découvrons la ville de Mostar d’aujourd’hui, bien différente de celle que nous avons visitée il y a une quinzaine d’années.  Elle était alors meurtrie, sinistrée, les stigmates de la guerre omniprésents. C’est aujourd’hui une ville moderne, dynamique, vivante. Certes des façades sont encore couturées de cicatrices d’impacts de balles, des maisons sont en ruines, mais la rue qui mène au fameux pont démoli par les Croates et reconstruit depuis, est bordée sur les deux rives d’échoppes vendant des babioles orientales aux touristes de tous bords. Et il y a foule se pressant sur le pont dans une chaleur écrasante.

Hana, née à Sarajevo, a grandi à Venise, entre des grands parents des trois confessions, musulmane,  orthodoxe et catholique. Editrice de livres d’art, elle vit heureuse aujourd’hui à Paris avec son mari italien et leurs deux petites filles qui sont déjà bilingues.

MOSTAR
MOSTAR

MOSTAR

Nous venons de traverser du sud de la Croatie à Brindisi en Italie, laissant tomber notre projet de voyage  en Albanie. Nous n’avons pas trouvé d’informations pour naviguer sur la côte albanaise en toute sécurité.

De là, nous rejoindrons Corfou et les îles de la mer Ionienne la semaine prochaine.

 

Sous les étoiles, en Herzégovine

CAPITO CAPITAINE?

 

SAVIEZ-VOUS QUE LA BOSNIE RESTE UN PAYS D’APARTHEID ?

 

En Bosnie, où sont les Bosniens ? Introuvables. Les habitants de ce rude pays se disent d’abord Croates, quand ils sont catholiques. Bosniaques quand ils sont musulmans. Et Serbes quand ils sont orthodoxes.

 

Le territoire a été divisé en deux grandes régions dont les frontières sont inscrites sur les cartes. Imaginez un papillon : le corps du papillon est la Fédération de Bosnie-et-Herzégovine et les ailes la République serbe de Bosnie. Laquelle ne rêve que d’une chose : être enfin rattachée à Belgrade.

 

Le pays est zébré par ses rêves de zones ethniquement (et donc religieusement) pures. Les gens  sont poussés à rejoindre l’espace où leur clan est majoritaire. Certains résistent : leur maison est là où ils sont nés. Combien de temps vont-ils tenir ?

 

Pas d’école bosnienne. En 2017 et en Europe et en un même village, il y a une école pour les enfants du clan croate, une autre pour les petits du clan bosniaque et encore une autre pour ceux du clan serbe. Avec bien sûr des programmes d’histoire différents et des conditions différentes d’accès au savoir pour les filles. Vous imaginez l’avenir du pays ?

 

200 km en face de Venise, un petit état  applique l’apartheid sans que personne ne trouve à se scandaliser.

Mandela revient vite par ici, s’il te plaît.

 

Les Nations Unies sont en force pour faire respecter le fragile équilibre entre les clans à cran.  Focalisés sur le respect des accords de Dayton (qui définit la situation actuelle de zonage territorial), les fonctionnaires internationaux et les militaires profitent de leur statut et de ses avantages très généreux pour ne pousser à aucun changement structurel.

L’Union Européenne a d’autres chats à fouetter. Elle se contente de faire miroiter un lointain projet d’adhésion dont la plupart des gens sur place se fichent éperdument, tant la vie quotidienne est compliquée.

 

Qui se soucie donc de la Bosnie ? Y’a pas foule. Faut dire qu’il y a tellement peu de choses à voir, aussi.

Mon grand-père se souviendrait que la première guerre mondiale, qu’il a faite à Verdun, a commencé ici. A Sarajevo.

Près du pont où le nouveau chef d’Etat Major français a gagné ses palmes de héros.

 

 

 

 

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